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Oct 14

USOS

 

Une révolution couve probablement aux Etats-Unis. A l’époque de la guerre froide, la CIA s’était vu confier la mission de faire le portrait d’un pays susceptible de connaître une révolution. Elle en avait conclu qu’un tel pays aurait trois caractéristiques :

– un profond fossé entre les riches et les pauvres ;

– une classe moyenne en voie de disparition… ou qui n’avait jamais existé ;

– beaucoup de gens avec beaucoup de griefs.

Les Etats-Unis répondent à chacun de ces critères. Et d’autres encore auxquels la CIA n’avait pas pensé. L’indice U6, une mesure large du chômage américain, est en hausse… avec 16,5% de la population sans emploi. On trouve 6,2 millions de personnes en recherche d’emploi depuis plus de six mois. Les Américains sont 7 000 milliards de dollars plus pauvres, selon David Rosenberg, qu’ils l’étaient il y a quatre ans. Et les prix de l’immobilier continuent de baisser.

Oui, il y a aussi une Grande Correction en cours. Ajoutée aux politiques du gouvernement US, elle lamine les pauvres.

Des millions de personnes marginalement prospères s’estiment flouées par le système. Le chômage des jeunes atteint des niveaux dignes de la Grande Dépression de 1929. Plus de 45 millions d’Américains dépendent des bons d’alimentation.

Les gens en viennent à croire ce qu’ils doivent croire quand ils doivent le croire. Un homme qui pense avoir échoué doit se réconcilier à cette idée. Il doit trouver une excuse. Ce doit être la faute de quelqu’un d’autre.

Ce n’est pas de sa faute s’il a échoué à son examen de chimie. Le “système” devrait lui fournir un bon emploi, de toute façon. Ce n’est pas de sa faute si sa maison lui a été enlevée ; le système a fait baisser les prix… et son emploi a été exporté à Bombay. Ce n’est pas de sa faute s’il n’a pas épargné ; les banques l’ont exploité sans merci.

Non, vraiment, il a de quoi se plaindre !

Ce n’est pas de sa faute si l’administration Nixon a coupé le lien avec l’or en 1971. Ce n’est pas de sa faute si les Chinois se sont mis à produire de meilleurs produits, moins cher. Ce n’est pas de sa faute si les autorités ont continué à relancer l’économie… encourageant ainsi notre homme à s’endetter de plus en plus profondément à des taux d’intérêt artificiellement bas. Et ce n’est certainement pas lui qui a causé la bulle de l’immobilier… ni son explosion ensuite.

Mais vous pouvez compter sur une chose : peu de gens feront le dur travail consistant à lier la rotule de ce désastre au fémur qui l’a causé. Et personne ne voudra non plus faire les sacrifices nécessaires pour s’en protéger. (Notre conseil : réduisez vos dépenses à zéro ou presque… faites des économies… achetez de l’or… devenez avocat spécialisé en faillites). Les gens préféreront rejoindre la révolution.

▪ Bien entendu, on ne fait jamais la révolution pour de bonnes raisons. On s’enrôle pour de mauvaises raisons. Les gens attendent des miracles. L’un veut de l’argent gratuit. Un autre veut du pouvoir. Un autre veut voir son beau-frère, qui gagne beaucoup d’argent comme trader chez J.P. Morgan, mordre la poussière. Un autre encore veut légaliser la marijuana. Un autre veut voir disparaître son prêt immobilier. Un autre encore veut que son quartier tout entier disparaisse. Un homme espère que son épouse décédée quittera le tombeau… tandis qu’un autre souhaite que sa femme vivante le rejoigne.

Un pense que les banquiers sont riches et malfaisants. Un autre pense que les compagnies pétrolières sont riches et malfaisantes. Un troisième pense que tous les riches sont malfaisants. Un quatrième pense que tous les gens sont malfaisants.

Certains veulent sauver les dauphins. Certains veulent que les gens n’utilisent que des déodorants bio. Un troisième pense que le monde utilise trop de pétrole… et que seuls les gens conduisant des Prius devraient avoir le droit de conduire, et encore — seulement le dimanche. Il vend des Prius.

C’est amusant de se moquer des manifestants. C’est pour ça que nous le faisons. Ce sont des cibles faciles.

Mais nous nous tenons toujours aux côtés des sans pouvoir… des sans but… et des sans cervelle. Nous nous faisons les champions de ceux qui partent battus d’avance… des causes perdues et des marginaux. Nous nous joignons donc aux manifestants et leur jurons notre solidarité.

Vive la révolution !

▪ Mais ces pauvres manifestants sont des victimes de l’histoire. Lorsque les Etats-Unis se sont voués à l’empire, ils ont condamné leur classe moyenne. Pourquoi ? Parce que c’est ainsi que fonctionnent les empires. Ils importent des biens bon marché — et parfois de la devise — de l’extérieur. Qu’ils soient pris en butin ou échangés contre de la devise impériale, l’effet est à peu près le même ; cela sape les industries et les salaires locaux.

La Rome antique importait du blé d’Egypte par bateaux entiers, et le distribuait à ses citoyens (une forme avancée de coupons alimentaires). Résultat : le prix du blé s’est effondré. Les petits producteurs ne pouvaient pas faire concurrence à des céréales gratuites. Ils étaient incapables de gagner leur vie.

Les Romains faisaient également venir des esclaves. Des Romains riches, avec de l’entregent politique, reprenaient les petites fermes et les assemblaient en plantations géantes qu’ils faisaient tourner grâce à l’esclavage. Une fois encore, la main-d’oeuvre locale n’avait plus que ses yeux pour pleurer.

Les choses devinrent si épouvantables pour les petits fermiers qu’ils vendirent leurs enfants en esclavages… puis eux-mêmes. Alertés, les autorités firent paraître un édit qui interdisait aux fermiers romains de se vendre en esclavage. Ils devaient rester sur leurs terres… et travailler.

L’Espagne gérait un empire très différent, à la durée de vie bien plus courte, au 16e siècle. Elle a conquis les civilisations du Nouveau Monde et importé de l’or et de l’argent en quantités colossales. Un peu comme si elle imprimait de la monnaie ! Cet argent facile a rendu les Espagnols riches. Ils l’ont utilisé comme les Etats-Unis utilisent leurs dollars — pour acheter des choses à l’étranger. Les Espagnols ne tardèrent pas à négliger leur propre industrie et leur propre agriculture. Les prix grimpèrent. La classe moyenne espagnole naissante fut étouffée dans l’oeuf.

Les choses sont-elles très différentes aujourd’hui ? Les riches s’enrichissent. Les classes moyennes s’appauvrissent ; elles sont en concurrence avec le pillage impérial — des richesses provenant d’Asie, achetées avec des dollars qui n’ont jamais été gagnés… et ne seront jamais remboursés.

Les classes moyennes des Etats-Unis n’ont pas hésité à vendre leurs propres enfants, les condamnent à la servitude perpétuelle de la dette. Les enfants américains ont des obligations financières dont le montant atteint entre cinq et 15 fois la production annuelle des Etats-Unis. A moins de se révolter, ils devront travailler toute leur vie pour payer les excès de leurs parents.

Mais que feront les Américains lorsque les générations futures n’en pourront plus ? Ils ne peuvent pas devenir esclaves, ils le sont déjà. La plupart sont déjà confrontés à une vie entière de dette d’étudiant, dette immobilière et dette médicale.

Que peuvent-ils faire ? La révolution, bien sûr !

Bill Bonner

Si lui-même commence à le dire, alors ce n’est plus simplement les ceintures qu’il faut accrocher mais regarder où sont les parachutes,…………… s’il y en a.

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