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Sep 13

Risque

 

Solow, qui fut prix Nobel d’économie, a démontré de façon fort convaincante à la fin de années 1950 qu’un système économique ne pouvait fonctionner que si trois variables étaient laissées libres de fonctionner. Le coût du capital et la rentabilité du capital avaient été identifiées par Wicksell comme absolument déterminants quasiment un siècle plus tôt. Solow ajouta à ces deux premières une troisième variable, le risque.

En principe, plus la rentabilité du capital est potentiellement élevée et plus le risque de tout perdre est fort. Et c’est là ce qui fait la justification morale du capitalisme (n’en déplaise à notre Pape actuel qui ne comprend rien de rien à l’économie, ce qui est fort regrettable d’autant qu’il devrait, entre tous, se souvenir de la phrase « beaucoup sont appelés et peu sont élus »).

Mais prendre des risques est insupportable pour ceux qui souffrent de cupidité. Ils veulent bien gagner de l‘argent, mais ils ne veulent pas en perdre. Et donc à la fin des années 1990, un groupe de pression fort bien organisé, emmené par Goldman-Sachs, Morgan-Stanley et JP Morgan arriva à la conclusion que cette histoire de tout perdre était idiote et qu’il fallait prendre le contrôle de la Fed pour diminuer le risque dans la sphère financière, où ils exerçaient leurs talents.

Ce qu’ils firent.

Et depuis, les taux d’intérêts ont été manipulés comme jamais dans l’histoire pour faire disparaître le risque sur les opérations financières du type « leverage buy out » et autres manipulations qui permettent à des financiers de s’approprier l’économie réelle sans ajouter la moindre valeur au système, en vertu du vieux principe de l’économie de copinage : « Si ça marche c’est pour moi, si ça ne marche pas c’est pour l’État ».

Et donc nous sommes aujourd’hui dans un capitalisme financier qui a perdu toute justification morale puisque le risque n’existe plus pour ceux qui l’exercent. Il s’agit purement et simplement de vol en bande organisée.

De ce fait, et comme le risque n’a pas disparu dans l’économie réelle, plus aucun investissement n’y a lieu, tout le capital disponible tournant comme un toton dans l’économie financière et productivité, emplois bien payés et croissance s’effondrent tandis que des fortunes immenses se créent sans aucune justification morale.

Le crime commis aux USA n’est donc pas un crime « intelligent » comme nous en avons été les victimes en Europe avec l’euro, mais un crime contre l’esprit même du système qui veut que la contrepartie d’une fortune soit une prise de risque considérable qui aurait réussi.

L’économie mondiale est en train de crever et la bonne nouvelle est que nous arrivons sans doute à la fin des replâtrages divers et variés que nous imposent des autorités qui n’ont plus aucune légitimité ni morale ni démocratique, sans aucun résultat bien entendu.

Les élites financières ont commis un crime contre l’esprit même du système, c’est-à-dire un crime MORALEMENT indéfendable. Ils veulent s’enrichir sans prendre de risques et pour arriver à leurs fins, ils ont pris le contrôle de l’État.

Je peux, peut-être, pardonner à celui qui me prend mon argent soi-disant pour le distribuer aux pauvres que son action a créés. En aucun cas par contre, je ne peux pardonner à un riche de piquer l’argent de la quête du dimanche à la messe.

Aux citoyens de nous débarrasser d’une classe intellectuellement incompétente en Europe.

Aux USA, ce serait plutôt le travail de la Justice.

Extraits d’un article de Charles Gave

 

 

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