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Déc 10

Pardon

Des excuses qui ne coûtent pas cher !

Corzine stupéfié par la disparition des fonds de MF Global

L’ancien patron de MF Global a présenté ses excuses jeudi au Congrès à ses clients et salariés pour la faillite du courtier. Il s’est dit stupéfié par l’annonce, fin octobre, de la disparition de centaines de millions de dollars des comptes de ses clients.

« Je ne sais tout simplement pas où est l’argent. » L’aveu de Jon Corzine, l’ancien PDG de MF Global -qui explique qu’il n’a pas eu accès aux documents nécessaires depuis son départ de la firme le 3 novembre pour trouver des explications satisfaisantes -n’a pas amadoué le panel de parlementaires du comité agricole de la Chambre des Représentants jeudi 8 décembre à Washington.

Selon le liquidateur, il manquerait en effet 1,2 milliard de dollars dans les comptes de ses clients. Spécialisé sur le marché des futures de matières premières, la faillite de la firme a fait des victimes non seulement dans le monde de la finance mais aussi chez un certain nombre de fermiers qui cherchaient à protéger les variations de prix des cours via des hedges passés et garantis chez le courtier.

Très droit, mais dans une attitude presque effacée, l’ancien sénateur et gouverneur démocrate du New Jersey, ex-patron de Goldman Sachs, a choisi de parler alors qu’il aurait pu invoquer la protection du cinquième amendement qui empêche de s’auto-incriminer. S’expliquant après un certain nombre de régulateurs qui avaient été interrogés avant lui par les parlementaires, il a décrit pour la première fois en public son implication dans MF Global, ses choix -acheter de la dette souveraine européenne à l’aide de repurchase agreements (RTM) -, et a décrit le fil des derniers jours qui ont mené à la faillite du courtier.

Corzine réfute l’idée d’avoir fait pression sur son régulateur.

Insistant sur sa très grande « tristesse », il s’est excusé auprès de toutes les personnes qui ont été affectées par la disparition du courtier. S’il reconnaît sa responsabilité en tant que dirigeant, il a néanmoins bâti sa défense en insistant sur plusieurs points. Sa stratégie, tout d’abord, a été approuvée par son conseil d’administration chaque fois que cela a été nécessaire, y compris après les avertissements du responsable des risques. Contrairement à ce qui a été dit, il n’a pas augmenté l’effet de levier de la firme, le ramenant plutôt de 37 à 30 et il pensait sincèrement diminuer les risques en achetant de la dette avec le mécanisme des RTM. Il croyait suffisamment au projet pour y investir personnellement, acquérant 2,5 millions de dollars de titres de la firme en juin 2010 et 500.000 dollars de plus l’année suivante. Enfin, il n’était pas impliqué dans le clearing et la comptabilité des opérations qu’il s’agisse de cash ou de collatéral, ayant peu d’expérience en ces sujets.

« J’ai été stupéfié quand on m’a signalé le dimanche 30 octobre que MF Global ne savait pas où était passé des centaines de millions de dollars de clients.» Jon Corzine a également cherché à dédouaner ses anciens collègues de Goldman Sachs, notamment Gary Gensler, le patron de la Commodities Futures Trading Commission (CFTC) ainsi que William Dudley, président de la Réserve Fédérale de New York. Un article de « Newsweek » relate en effet comment il a fait du lobbying auprès du premier pour ne pas changer une règle qui avait trait à l’utilisation des comptes clients.

Toute l’industrie était contre cette modification, explique Jon Corzine qui réfute l’idée d’avoir fait pression sur son régulateur. Il aurait par ailleurs obtenu de la Fed de New York le titre de « primary dealer » pour émettre de la dette du gouvernement américain, ce qui lui a permis de faire évoluer le statut de la société vers celui d’un « broker dealer ».

VIRGINIE ROBERT, BUREAU DE NEW YORK Les echos

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