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Mai 24

Oublier l’argent

 

Oubliez l’argent. L’argent n’est pas la richesse mais juste un outil pratique qui permet de la transférer, de la mesurer et de la conserver dans le temps. Dans un monde sans argent, nous échangerions nos richesses grâce au troc, nous n’aurions sans doute pas d’échelle commune pour les mesurer (ce qui poserait surtout un problème à l’administration fiscale) et nous les conserverions en stockant des produits non périssables comme des métaux, des œuvres d’art, des meubles etc.

 Être riche, dans un monde sans argent, cela signifie posséder une belle maison, une belle voiture, partir en vacances et pouvoir s’offrir de bons restaurants ; c’est-à-dire que cela signifie exactement la même chose que dans notre monde actuel. À l’inverse, dans un monde où l’argent existe en quantité illimitée mais où les magasins sont désespérément vides, la richesse n’aurait aucune signification : vous auriez beau posséderiez un hangar rempli de billets, vous ne mangeriez pas à votre faim et vous vivriez probablement sous un pont.

Oubliez donc l’argent et concentrez-vous sur ce qu’est vraiment la richesse : l’ensemble des biens et des services qui rendent nos vies plus agréables ; ces biens et ces services qui, avant que nous puissions en jouir, doivent pour la plupart être produits par la main et l’esprit de l’homme. C’est pour cette raison que, depuis l’aube de l’humanité, nous produisons des richesses : pour pouvoir les consommer – what else ?

 Ce que nous voulons, fondamentalement, c’est pouvoir consommer plus  demain qu’hier : c’est-à-dire que nous voulons une croissance (du PIB) supérieure à celle de la population. C’est ce qui permet, depuis quelques siècles, de faire en sorte que les fils vivent mieux que leur père ; c’est un objectif hautement désirable et qui pose une question fondamentale : comment faire pour que ça continue ?

Le grain et l’ivraie

Mais avant de poursuivre, il est sans doute nécessaire de rappeler que, par définition, le PIB et donc la croissance n’ont de sens que dans une économie de marché, mesurés aux prix du marché

Il suit de ce qui précède que, dans une économie planifiée comme dans les secteurs socialisés de nos économies, le PIB n’a aucun sens : sa mesure est purement arbitraire

De la même manière et pour les mêmes raisons, les politiques de contrôle des prix ou la création de monopoles non contestables reviennent à manipuler arbitrairement la mesure du PIB ;

Croissance 1.0

Supposons donc que nous vivions dans une économie de marché relativement pure et que nous nous demandions comment faire croître notre Produit intérieur brut par habitant

Ce qui signifie qu’au premier abord, une manière simple de produire plus, c’est d’être plus nombreux à produire. Ça a l’air idiot dit comme ça mais c’est pourtant vrai : pour maximiser notre production , la première chose à faire c’est de faire en sorte que nous soyons le plus nombreux possibles produire.

Naturellement, cette idée peut sembler paradoxale dans un monde où le chômage atteint des sommets et où l’on nous explique depuis quarante ans que nous avons besoin de croissance pour résorber ce fléau – avec le succès que l’on sait. La question que je vous invite à vous poser est toute simple : ne nous serions-nous pas trompé sur le sens de la causalité ? Ne serait-ce pas l’emploi qui créé de la croissance plutôt que l’inverse ? Au-delà des chapelles politiques et idéologiques, demandez-vous si ce n’est pas plutôt en incitant nos compatriotes à produire des richesses – en leur permettant de jouir du fruit de leur travail et en cessant de subventionner l’inactivité – que nous renouerons avec la croissance.

Bien sûr, l’exercice a une limite : une fois toute la population potentiellement active effectivement employée, il n’y aura plus grand chose à gagner de ce côté là – ce qui se traduira, incidemment, par une hausse des salaires. Il sera alors temps de jouer sur le deuxième levier, le véritable moteur de la croissance à long terme : la hausse de la productivité.

Accroître notre productivité peut avoir deux significations qui sont, en réalité complémentaires : la première consiste à trouver un moyen de faire en sorte que chaque personne employée produise plus  ; la seconde, parce que nous raisonnons en valeur, consiste à créer de meilleurs produits, c’est-à-dire des produits qui correspondent le mieux possible à la demande des consommateurs.

Au moment où j’écris ces lignes, les vendeurs de rêves courent les plateaux de télévision pour y exposer leurs nouvelles recettes miracle. « Dévaluons la monnaie ! » disent les uns. « Empruntons plus encore ! » assurent les autres. « Taxons et redistribuons ! » concluent-ils tous en chœur.

 Avez-vous remarqué que tous, sans exception, ne parlent que d’argent ?

Oubliez l’argent : ce dont nous avons besoin, c’est de plus de fabricants  et d’investisseurs pour améliorer notre production.

Extraits d’un article de Guillaume Nicoulaud      Contrepoints.org

 

 

 

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