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Mai 07

Le langage

 

A part les doctrines particulières des penseurs individuels, il y a aussi dans le monde une forte et croissante inclination à étendre d’une manière outrée le pouvoir de la société sur l’individu, et par la force .

Or, comme tous les changements qui s’opèrent dans le monde ont pour effet d’augmenter la force de la société et de diminuer le pouvoir de l’individu, cet empiétement n’est pas un de ces maux qui tendent à disparaître spontanément; bien au contraire, il tend à devenir de plus en plus formidable.

La disposition des hommes, soit comme souverains, soit comme concitoyens, à imposer leurs opinions et leurs goûts pour règle de conduite aux autres, est si énergiquement soutenue par quelques-uns des meilleurs et quelques-uns des pires sentiments inhérents à la nature humaine, qu’elle ne se contraint jamais que faute de pouvoir.

 Comme le pouvoir n’est pas en voie de décliner mais de croître, on doit s’attendre, à moins qu’une forte barrière de conviction morale ne s’élève contre le mal, on doit s’attendre dans les conditions présentes du monde, à voir cette disposition augmenter.

Pourtant pour que l’être humain s’enrichisse, se consolide et se perfectionne, il faut, qu’il existe une « variété des situations » . Ainsi, lorsqu’une possibilité fait faillite, d’autres restent ouvertes.

 A l’intérieur de chaque nation et dans l’ensemble des nations il faut que des circonstances différentes se produisent. Rien n’est plus insensé que de jouer toute la vie européenne sur une seule carte, sur un seul type d’humanité, sur une “ situation identique.”

Eviter cela a été la secrète réussite de l’Europe jusqu’à ce jour; science ferme ou hésitante de ce secret qui a toujours poussé à parler le constant libéralisme européen.

 En cette conscience, la pluralité continentale se reconnaît elle-même, comme une valeur positive, comme un bien et non comme un mal.

A suivre la route où nous nous sommes engagés, nous aboutirons tout droit, par la diminution progressive de la « variété des situations « au Bas-Empire, qui fut lui aussi une époque de masses et d’effroyable homogénéité.

Les hommes sont devenus stupides. Le processus vient de loin et se remarque à la détérioration du langage : une incroyable simplification de son organisme grammatical et son homogénéité.

Le langage qui ne nous sert pas à dire suffisamment ce que chacun de nous voudrait dire, révèle par contre et à grands cris, sans que nous le veuillons,  la condition la plus secrète de la société qui le parle.

Quelles vies évacuées d’elles-mêmes, désolées, condamnées à une éternelle quotidienneté ne devine-t-on pas derrière la sécheresse et le vide de cet appareil verbal !

 

D’après un article de B.Bertez                                     brunobertez.com

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