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Déc 05

La vérité toute nue

On ne peut pas mieux expliquer la différence (mortelle) qu’il y a entre une crise de liquidité et une de solvabilité. Tant que cela ne sera pas acté (hélas car cela coûtera cher à tous), rien ne sera possible.

Depuis 25 ans, la finance fabrique du faux AAA avec du vrai subprime. A la faveur de théories financières fumeuses et ineptes. La finance a réussi à créer une demande quasi illimitée pour des produits qu’elle a présentés comme aussi solides que la monnaie avec, en plus, une rentabilité plus élevée.

Depuis 2008, le pot aux roses est découvert, les tapis se soulèvent de proche en proche qui révèlent tout ce que l’on avait caché en dessous. On sait que ces produits ne sont pas triple A, qu’ils ne sont pas money-like et on veut retrouver son argent. On cherche la sortie, plus elle est encombrée, plus on se précipite, plus on se rue. Le phénomène auquel nous assistons est très simple on cherche à se débarrasser de ces produits que l’on a vendu comme money-like, aussi sains et solides que la monnaie et on veut de la monnaie, de la vraie. De la base- money , de la bonne monnaie banque centrale, pas de la monnaie émise par Unicredit ou Dexia. Pas de la pseudo monnaie emprunt grec ou italien.

Le système demande du cash, voila le grand secret que l’on escamote. Show me the money.

Qu’est ce que la monétisation, qu’est ce que les swaps de la FED, qu’est ce que faire grossir le bilan des banques centrales si ce n’est fournir cette base- money, cette vraie monnaie que le système demande. Quand la banque centrale se porte contrepartie des ventes d’obligations italiennes, espagnoles ou autres, que fait-t’elle donc, si ce n’est honorer la promesse que le système ne peut pas tenir, c’est-à-dire fournir du cash en contrepartie de la quasi monnaie.

L’ennui, c’est que les ratios sont colossaux, pour honorer les promesses, c’est-à-dire pouvoir potentiellement se porter contrepartie de tout ce qui est subprime, il faudrait créer une quantité de base-money considérable. Il faudrait multiplier les bilans des banques centrales par 5 ou 6 ! Et encore, à ce niveau, il n’y aurait que les privilégiés du système, les initiés qui seraient servis, il n’y en aurait pas pour tout le monde.

On met en avant, pour mesurer la fragilité de la dette d’un pays débiteur, le fameux ratio DETTE/GDP, oubliez-le, il ne sert à rien en ces temps de crise qu’à induire en erreur. La seule chose qui compte dans les périodes de deleveraging, c’est la masse de produits subprime qui est logée dans le système et son ratio avec la base-money contenue dans ce même système.

A cet égard, nous apprécions la naïveté du nouveau Trichet, Draghi, qui nous dit tout de go la semaine dernière que si les États font ce qu’il faut en matière fiscale, la BCE fera ce qu’il faut en matière monétaire, En clair, si les politiques fiscales deviennent ”hawkish”, la politique monétaire deviendra ”dovish”.

On ne peut mieux attester notre thèse, car il faut compléter et dire si les politiques fiscales provoquent la récession, nous pourrons alors avoir une justification pour créer la base-money que les banques et les marchés nous réclament. On ne peut mieux reconnaître, même si c’est involontairement, que le GDP n’a pas vraiment d’importance, ce qui compte, c’est d’avoir le prétexte pour monétiser.

Depuis 2002, la dette globale a cru au taux composé de 11% l’an ! Elle est passée de 80 trillions à plus de 200 trillions, voilà ce qui compte. C’est cela qu’il convient de stabiliser par la création de monnaie de base pour obtenir un ratio confortable conforme aux observations du passé. Avec ses 2,8 trillions, le bilan de la FED, plus grosse banque centrale, fait un peu maigre ! Pourtant, c’est le pilier du système.

La semaine dernière, face à la crise qui menaçait de devenir manifeste, on a injecté des liquidités. La mer des liquidités montant, on a caché ceux qui se baignaient nus.

Les taux subprimes, italiens, espagnols, les taux du semi-core français se sont détendus. Les assets financiers ont grimpé. Le S&P a monté de 7%, les banques de 11%. Le CAC 40 a progressé de 11%, le Dax de 10,7%. Les spreads se sont détendus, les CDS ont reflué. Bizarrement, l’Euro n’a gagné que quelques fractions.

Ne vous y trompez pas, la vraie cause de cette euphorie, ce n’est pas l’espoir d’une solution, personne parmi le Smart Money n’y croit; la vraie cause, c’est la promesse de liquidités. La promesse qu’il y aura quelqu’un en face à qui on pourra vendre ses créances douteuses, son papier pourri.

Laisser le système bancaire déverser ses actifs autrement invendables sur la Banque Centrale, sur le cœur du cœur du système est une responsabilité historique. Il n’y a pas assez de capital pour recapitaliser tout le système ? Raison de plus pour ne pas mettre en danger le dernier îlot, le dernier rempart contre l’Aventure. La BCE sera utile quand, après le nécessaire nettoyage, après la nécessaire dépréciation, sera venu le moment de tourner la page. La BCE dernier ressort, oui, mais pour reconstruire, pas pour soutenir.

Bruno Bertez 3/12/2011

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