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Juin 30

Ingenierie

Dès que l’on s’approche de ce qu’on pourrait appeler « faisabilité », on tombe dans l’ingénierie dont le but n’est pas l’explication des phénomènes ou une lecture de la réalité (comme pour la science).

 L’ingénierie ne se préoccupe pas de savoir comment fonctionne le fil à couper le beurre, ni à en démontrer l’efficience; elle dit « ça marche donc je prends » et peut se baser pour cela sur un empirisme mal fagoté !

 La finalité de ce qu’elle veut faire de son objet prédomine sur la connaissance exacte de son objet (ce qui n’exclut pas qu’elle s’intéresse à l’expliquer).

 La science est un ton au-dessus, elle ne s’autorise à manipuler que ce qu’elle conçoit parfaitement (en quête de preuves servant la connaissance plutôt que d’astuces servant la faisabilité) …

À l’inverse, le rationalisme et la surenchère de démarches dites scientifiques peuvent amener à du scientisme (exactement ce qui se passe en économétrie).

La médecine est une forme d’ingénierie qui imbrique plusieurs méthodes: démarche diagnostique, symptomatique et praxis; …Elle fait une large part à l’empirisme et en donnant la priorité à sa finalité (soigner, améliorer, sauver des vies) sur la connaissance, elle s’autorise à tenter le faisable…

L’évaluation dans son cas est une gestion du rapport Bénéfice/Risque. On sort de la science pour opérer une gestion. L’environnement de la médecine est scientifique, elle puise de façon rationnelle ce dont elle peut se servir. Mais la rationalité n’est pas « justesse » de même que la loi n’est pas justice.

L’habitude que l’on a prise, dans les organisations, de séparer le circuit de l’information de celui de la production, et qui a fait naître des élites managériales dépourvues de toute technicité (savoir de base sur leur domaine).

 Ces élites ne se déterminent que relativement à des moyennes, des sondages, des randomisations dont les données sont extirpées du terrain par des évaluations contraignantes avec une traçabilité imposée en plus de l’activité courante.

Un processus décisionnel qui en exclut la part humaine, l’intuition, la conviction professionnelle…Ce faisant il exclut aussi la compétence, le génie et surtout le dialogue entre les deux sphères (de l’information et du terrain), remplacé par de la production administrative de données.

Dépourvues de connaissances pratiques ces élites chercheraient des certitudes dans des cautions scientifiques d’une telle lourdeur que cela les amène à l’indécision et à la solitude, aux choix sans pertinence issus de la moyenne de ce que tout le monde a proposé…

On a exclu du décisionnel les « créateurs » , la part humaine, l’intuition, l’envie, les personnes relais…. Mais qu’est-ce qui ferait que nos élites retrouvent une aptitude à apprendre, que notre société soit « apprenante » pour sortir du « dégagisme » d’un côté et des procès en sorcellerie envers tout Galilée qui pointerait son nez, de l’autre…

Apparemment même les crises ne font pas sortir nos dirigeants de l’ornière que creuse leur culture managériale inappropriée.

 Et lorsque cela arrive quand même, ne s’exprime alors que l’hystérie de leur mépris de classe, ultime régression revancharde prouvant que le bambin n’a pas toute sa maturité, même s’il a obtenu la fonction convoitée…

 D’après un commentaire sur le blog de Paul Jorion

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