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Jan 24

Finance et financiarisation

[Le rideau de fumée se déchire de plus en plus et le cycle infernal et ancestral, incompétence → malhonnêteté → malfaisance, est bien au terme. Il va falloir changer de route mais ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain] – alpha.b

Financiarisation et globalisation sont inséparables, deux faces d’un même phénomène de mutation et d’extension du système placé sous le signe et permis par les modernisations, innovations, dérégulations financières. Permis aussi par cette sorte d’arrêt de l’Histoire, constitué par l’écroulement du modèle soviétique et l’affaiblissement historique du pouvoir syndical.

La financiarisation a produit un système politique pollué par l’argent, complaisant, connivent, sorte de pseudo démocratie à deux vitesses dont le maintien repose sur l’opacité et la manipulation. La financiarisation a produit les théories pour la légitimer et elle a armé la force et la violence nécessaires pour la protéger. Car financiarisation, concentration et impérialisme vont de pair.

Le couple globalisation/financiarisation a produit une masse considérable de profit, une masse considérable de plus values boursières, une masse incroyable de dettes, et une… modération, sinon une baisse des salaires réels dans les pays précédemment développés ! En 20 ans, les salaires réels américains n’ont pas progressé.

La masse de capital dans le système a gonflé de façon exponentielle, mais surtout, ce qu’il ne faut oublier, c’est que la masse de dettes incroyable dont nous parlons ci-dessus constitue un capital. Car ce qui est une dette pour les uns est un capital pour les autres, pour les créanciers. On le ne voit pas assez, cela est même dissimulé, dans nos systèmes, la dette une fois empaquetée, titrisée, vendue sur un marché devient un asset financier qui a statut de capital car il rentre dans le patrimoine de son propriétaire comme un autre placement et lui donne le droit de prélever son intérêt et d’exiger son remboursement.

Ce capital produit par la financiarisation/globalisation, il faut bien qu’il appartienne à quelqu’un, il n’est pas suspendu dans les airs. Il faut bien qu’il aille se loger à certains endroits du tissu social. Il n’est allé ni enrichir les salariés qui ont vu leur niveau de vie stagner, ni les États qui se sont endettés et ont vendu leurs bijoux de famille. Il est allé là où il devait aller, chez ceux qui étaient placés aux bons endroits du système, c’est à dire dans la sphère financière et dans les cercles, classes sociales, qui en sont proches, périphériques.

En gonflant dans des proportions sans précédent la valeur du capital financier, en accumulant une masse considérable de dettes, le système mis en place dans les années 80 a produit une inégalité sans précèdent. Quand on parle de surendettement, on pense aux débiteurs, on oublie que symétriquement, en face, il y des créanciers. Et si l’endettement a cru de façon exponentielle, les créances ont cru tout autant. Cela était inévitable, c’était inscrit dans la logique du système et cela le restera tant qu’on n’en changera pas.

C’est ce système qui doit être stoppé à la fois parce qu’il dysfonctionne, parce qu’il est instable, contre producteur de richesses réelles, mais aussi parce qu’il provoque des tensions sociales, politiques et maintenant géopolitiques.

Ce système doit être stoppé et la crise qu’il a provoquée donne l’occasion de la faire. Dans les crises, tout devient réversible. Le système peut être aussi bien consolidé que supprimé. Ce système doit être stoppé parce qu’il est néfaste et profondément destructeur. Ce n’est pas un hasard si les Anciens avaient reconnu la perversité du système de l’accumulation financière et avaient dans les traditions juive et chrétienne organisé des Jubilés. Des Jubilés, sortes de moratoires et de pardons des dettes institutionnalisés.

Le bon sens commande : avant même de songer à réduire les inégalités, avant de prendre de nouvelles initiatives malencontreuses, la logique est d’abord arrêter d’en produire.

L’accumulation financière dans ses paroxysmes actuels est déflationniste. Au lieu d’être productrice de richesse et de progrès, de sécurité et d’emploi, elle est génératrice de chômage, de mises au rebus et de gaspillage. De risques et de précarité. Elle détruit le vrai capital productif et le capital d’entreprise. Cette accumulation de la Finance Moderne est étroitement liée à la « capture » politique, à l’étatisme, à l’inquisition et à l’érosion des libertés individuelles.

L’enjeu de la crise et de son traitement est simple : c’est le maintien ou non de l’ordre qui a été établi en 1971, puis complété pas à pas dans les années 80. Le maintien ou non de cet ordre de la finance prédatrice qui, au lieu d’être au service de l’économie, met, non seulement, l’économie, mais aussi la société toute entière à son service.

La Finance Moderne, construite par et pour les États, a donné naissance à une classe de gestionnaires aveugles, grisés, « greedy ». Cette finance a été bâtie sur une erreur colossale en train de devenir criminelle : l’illusion qu’il n’y avait pas de limite à l’endettement, l’illusion que le risque pouvait toujours être couvert, « hedgé ».

La Finance Moderne a été bâtie sur une illusion qui est maintenant en train de devenir un mensonge : le risque peut toujours être rejeté en dehors du système, le mouvement perpétuel existe, tous les jours on peut raser gratis, etc.

On sait maintenant, mais nous l’avons toujours écrit, que le risque ne peut être rejeté hors du système financier qu’à une condition : la condition est qu’il soit assumé, supporté par d’autres, les États, les Banques Centrales, bref, par les citoyens contribuables. Tiers payant généralisé, systémique. Les banquiers centraux qui ont prêté leur concours sont plus que des apprentis sorciers, ce sont des imposteurs cyniques.

C’est ce système qu’il faut démanteler. Il faut démystifier l’argument de ceux qui affirment que la consolidation, la poursuite dans la même voie, sont dans l’intérêt général. Il faut démasquer ceux qui se servent de la peur et agitent le catastrophisme pour faire croire qu’il n’y a pas d’autres solutions.

La Finance Moderne a produit un désordre social funeste. A la faveur de l’aggravation des inégalités, à la faveur de la destruction des classes moyennes, la société va tomber dans le piège d’une mise en cause du capitalisme et de l’économie de marché. L’Etat, une fois de plus, va se saisir de l’aubaine pour devenir de plus en plus intrusif, autoritaire et spoliateur.

L’ironie est que cet État, qui est le vrai responsable in fine de la catastrophe, car c’est lui qui a mis en place le cadre de la Finance Moderne, cet État va se trouver renforcé !

Bruno Bertez  www.leblogalupus.com

 

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