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Fév 28

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La semaine dernière a vu la publication des prévisions économiques de la Commission européenne, mises à jour et revues à la baisse. Elles donnent une idée assez parlante du cru 2013 de la zone euro. Le breuvage aura un goût amer.

 Le chômage va encore grimper dans toute la zone, dépassant 12% de la population active (contre 11,4% en 2012). Les sommets continueront à être franchis en Espagne et en Grèce avec 26,9% et 27% respectivement. Pire, ce quart de la population active ne retrouvera pas un emploi de sitôt, même si la situation venait à s’embellir par on ne sait quel miracle : sans emploi sur de longues durées, les chômeurs finissent par perdre leurs compétences professionnelles, ce qui pénalise leur retour dans le circuit économique habituel.

En Grèce, la moitié des ménages est menacée d’insolvabilité en 2013, selon Alexandre Tourkolias, directeur de la Banque Nationale de Grèce. Alors que le pays comporte 400.000 foyers où plus personne ne travaille et qu’un quart des crédits bancaires ne sont déjà plus remboursés en 2012 – malgré des banques « accommodantes » nous dit-on – pareille nouvelle ne fait que confirmer une tendance de fond.

 L’Espagne ne s’en sortira guère mieux: le déficit public espagnol devrait finalement avoir dépassé 10,2% du PIB l’année écoulée. Le pays ne parviendra pas à remplir ses objectifs de réduction budgétaire ni en 2013 ni en 2014. Il faut dire que le déficit public devrait atteindre 6,7% en 2013 et 7,2% en 2014 – chiffres officiels pêchant toujours par excès d’optimisme. On est loin, très loin du retour sous le seuil de 3% de déficit promis par Madrid…

Mais les termes les plus inquiétants sont réservés à la France, pour laquelle Bruxelles broie du noir, selon une formule largement reprise dans la presse. La hausse du PIB français devrait n’être que de 0,1% sur toute l’année 2013, bien en-dessous des 0,8% défendus en dépit du bon sens par le gouvernement français jusqu’à mardi dernier.

 Le déficit public devrait atteindre 3,7% du PIB en 2013, loin de l’objectif de 3% du pacte de stabilité et de croissance. Une croissance (totalement irréaliste) de 1,2% l’année suivante ne permettra pas non plus la moindre embellie des comptes publics français ; il est d’ores et déjà prévu que la France dérape encore à 3,9% du PIB en 2014.

 Si la Commission fait preuve de beaucoup de compréhension à l’égard du pivot de la zone euro, la France socialiste sait déjà comment résoudre les problèmes : des impôts, des impôts, et, tiens, vous reprendrez bien un peu d’impôts pour arroser le tout ? On parle de « nouvelles pistes » à explorer, mais que les Français se rassurent, elles seront toutes exploitées simultanément, et d’autres s’y ajouteront.

 Des esprits dénués d’audace républicaine s’effraient même que ces pistes aillent jusqu’à doubler les impôts de certains contribuables, ni riches ni rares, mais c’est ainsi, la bonne marche de l’État implique quelques petits sacrifices au nom du Bien Commun.

 Comme la classe moyenne, par exemple.

Le gouvernement de François Hollande définit de nouveaux concepts chaque jour, repoussant les limites du langage et de la raison. Ainsi, alors que le ministre délégué au budget Jérôme Cahuzac cherche frénétiquement 6 milliards d’euros pour 2013 (bon sang, dans quelle poche de costume a-t-il bien pu les mettre ?), il proclame que l’objectif de l’État est la « la stabilité fiscale », celle-ci ne se définissant pas comme une sorte de pause dans le torrent de prélèvement assommant les Français, mais comme une stabilité des revenus de l’État contre vents et marées. Que le dernier contribuable trépasse, les recettes ne doivent pas diminuer ! Quant à réduire le train de vie de l’État, comme d’habitude, c’est inenvisageable…

 Comme dit l’adage, février est le mois préféré des citoyens, les politiciens ne commettant leurs méfaits que pendant vingt-huit jours. Mais au vu de la façon dont l’année s’engage, il paraît évident que 2013 sera la période de tous les dangers pour la zone euro, et livrera des indices sur la façon dont celle-ci se terminera.

 Avant la fin de l’année, il sera clair pour tout le monde – et par « tout le monde », comprendre même des gens habituellement imperméables à la réalité, comme ceux qu’on trouve aux plus hauts sommets des instances européennes – que la France est un pays du Sud de l’Europe. Profondément ancrée dans le sud. Une deuxième Espagne en puissance, c’est tout dire.

 L’année 2013 sera longue, dure, et finira mal, en particulier pour la France.

Stephane Montabert   Contrepoints.org

 

 

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