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Mar 15

Valeurs

Un événement d’une portée considérable est intervenu il y a quelques semaines.

Les observateurs en ont retenu le côté spectaculaire et n’en ont pas compris la portée.

Cet événement, c’est l’entrée sur le marché boursier des petits particuliers habitués des réseaux sociaux.

Grâce à des maisons comme Reddit, ils ont pris conscience du fait que les prix boursiers étaient déconnectés de ce que l’on appelle traditionnellement les Valeurs.

 Ainsi, ils se sont aperçus que des titres avaient des positions spéculatives à découvert très importantes en regard de ce que l’on appelle le flottant disponible. Ces petits spéculateurs ont formé un cartel et ils sont tous intervenus dans le même sens pour pousser les titres concernés à la hausse et faire ce que l’on appelle « courir les vendeurs ». Ils ont fait une sorte de « corner ».

En un mot, le public a découvert que le prix d’une chose était essentiellement déterminé par sa rareté.

C’est une vieille découverte qui a été faite dans les années 1870, mais que généralement le public ne perçoit pas clairement.

Le public reste marqué par les expériences séculaires de la valeur-travail ou de la valeur-utilité, il n’a pas encore accédé à la valeur-rareté.

C’est parce que le grand public en a pris conscience et que cela a fait les titres des journaux que maintenant l’idée chemine au travers des esprits.

 

Si vous voulez faire un effort de réflexion et vous penchez sur le cas du Bitcoin, vous constatez que c’est le même phénomène de glissement de la notion de valeur qui est déterminant.

L’intérêt du Bitcoin si vous savez lire entre les lignes des journaux se résume toujours à ceci: il est rare, sa production sera limitée et par conséquent étant rare face à des quantités de monnaies qui, elles, sont de plus en plus pléthoriques, le Bitcoin finira par valoir très cher: the sky is the limit.

Cette semaine, nous avons franchi une étape supplémentaire.

Un tweet unique, certifié par divers moyens techniques, par le fondateur du média social Twitter a été mis aux enchères pour 3,5 millions si je ne me trompe pas.

Nous sommes dans un mouvement de fond qui fait basculer au niveau du public la notion de Valeur.

La Valeur a à voir avec la rareté, elle a à voir avec l’émission limitée, naturelle ou artificielle, elle a à voir avec la comparaison entre d’un côté la monnaie qui est créée à jets continus, et de l’autre côté, le manque, le rationnement.

Jusqu’à présent, j’ai interprété la hausse continue des marchés financiers grâce au concept de jeu et de loterie

Je pense que tout en étant encore valable et utile, mon interprétation doit être complétée.

Il faut maintenant introduire cet élément supplémentaire que constitue la prise de conscience de la rareté relative des titres, actions et obligations, face à une quantité de monnaie qui, elle, ne cesse d’augmenter.

Si je voulais être audacieux, j’irais jusqu’à dire que dans la voie qui est actuellement suivie d’une création de monnaie et de crédit sans limite et d’une offre de titres limitée par les buy backs et les QE l’avenir du marché c’est : le corner; le jeu spéculatif sur le manque de papier face à une monnaie excédentaire

Dans les temps anciens il y avait des sortes de freins aux excès car la Valeur était lourde, pesante, rattachée a quelque chose que ce soit le travail ou l’utilité.

 Détachée de tout la Valeur peut buller, s’envoler. En contrepartie de cette frivolité, elle devient instable.

Avant on parlait comme le fait encore Lidl qui joue la ringardise des couches sociales inférieures, on parlait encore du vrai prix des vraies choses.

Ces temps sont révolus.

 

Extraits d’un article de Bruno Bertez sur brunobertez.com

 

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