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Nov 25

L’éternel retour

Nous vivons un moment de déclin de deux projets majeurs : celui de la religion révélée, et – simultanément – du discrédit de l’expérience de l’utopie laïque.

Nous vivons dans un monde jonché de débris de projets utopiques qui sont en fait les véhicules de mythes quasi religieux.

Eh bien… nous n’allons plus vivre longtemps ces mythes : Même l’utopie laïque ne fera plus « l’affaire ». Elle ne comblera pas le vide. Les certitudes optimistes liées à l’idée de « progrès » linéaire ont été particulièrement discréditées.

Alors, selon quoi vivrons-nous ? Ce n’est pas un débat ésotérique. Ce sont des questions d’histoire et de destin.

Les élites refusent de voir ce qui se trouve devant eux : Certaines valeurs émergent. Qu’est-ce que c’est ? Et d’où viennent-elles ? Et comment pourraient-elles changer notre monde ?

La « valeur » la plus évidente est l’émergence du désir global de vivre dans et par sa propre culture – de vivre, pour ainsi dire, d’une manière culturelle différenciée.

Elle englobe l’idée que la souveraineté s’acquiert, par l’action et la pensée souveraine. Ce pouvoir souverain naît de la confiance d’un peuple qu’il possède sa propre histoire distincte et claire, son héritage intellectuel et son propre bagage spirituel sur lequel s’appuyer pour se différencier.

Une deuxième valeur émergente, le Sens, va venir du désenchantement global par rapport au style occidental de pensée mécanique à voie unique qui ramène toutes choses à une unicité (supposément empirique) qui, une fois imprimé dans le moi, donne un sentiment inébranlable quant à sa propre certitude et conviction (au moins pour celui qui pense en Européen occidental) : « Nous » exprimons une « vérité », alors que les autres, babillent et mentent.

Ensuite, il y a d’autres valeurs : la Poursuite de la justice, de la vérité (au sens métaphysique du terme), de l’intégrité, de la dignité, d’un comportement résolu et de la connaissance et de l’acceptation de ce que vous êtes.

Ce sont toutes des valeurs éternelles et philosophiques et ce dans tous les courants mondiaux.

Voilà où je veux en venir : La disparition dans la modernité de toute norme extérieure ou « mythe », au-delà du conformisme civique, qui pourrait guider l’individu dans sa vie et ses actions, et l’éviction forcée de l’individu de toute forme de structure (classes sociales, Église, famille, société et genre) a généré un « retour en arrière » vers ce qui était toujours latent, même si à demi-oublié, et d’une manière ou d’une autre inévitable.

L’aspiration à ces anciennes normes – même si elles sont mal comprises et mal articulées – représente « une plongée » dans ces anciennes « mémoires », qui persistent encore au plus profond de l’être humain – c’est un « retour » vers l’être à nouveau « dans et du » monde. C’est ce qui se passe de diverses manières, partout dans le monde.

Bien sûr, « l’Ancien » ne peut pas être un retour à l’identique. Il ne peut s’agir de la simple restauration de ce qui fut autrefois. Il faut le faire sortir de notre propre décomposition, du cœur de nos ruines, comme s’il s’agissait d’un « jeune » qui revient à la maison, c’est l’éternel retour.

Inévitablement donc, des valeurs différentes dictent des modèles différents : Quels types de modèles les valeurs émergentes préfigurent-elles alors ?

Tout d’abord, on assiste à un glissement du monde, vers un retour à une compréhension nuancée, à la centralité de la famille, et à la nécessité d’accorder de l’estime à tous, quelle que soit leur place, dans la pyramide de l’existence.

En matière de gouvernance, comme en économie, la « valeur » directrice est une interprétation différente du pouvoir. Le mythe chrétien latin de l’amour, de tendre l’autre joue, de l’humilité et de l’abandon de la puissance matérielle, est en contraste avec l’ancienne notion de conduite « virile » qui prêchait quelque chose de bien différent : Résistez à l’injustice et poursuivez votre « vérité ». Elle était donc naturellement politique et possédait une éthique dans laquelle le pouvoir était un attribut normal.

Cette ancienne expression du pouvoir est née aujourd’hui de l’idée qu’un peuple mentalement « actif » ayant réveillé sa vitalité et sa force culturelle peut l’emporter sur un État beaucoup plus riche et mieux armé – mais qui a plongé son peuple dans un paisible sommeil – et l’a privé de sa vitalité.

Ainsi, que ce soit en gouvernance ou en économie, les structures sont susceptibles de refléter les principes d’autonomie et de retour à la souveraineté de la nation et du peuple, et la notion que l’organisation de la société a toujours été destinée à être le champ naturel de l’épanouissement personnel d’un homme ou d’une femme – capable de trouver sa propre force et de se trouver – étant lui-même son propre projet.

Bien sûr, beaucoup diront simplement TINA (il n’y a pas d’alternative).

Mais il y en a une – et ce train arrive déjà dans notre gare.

Alastair Crooke, 26-09-2018 (extraits adaptés d’un article sur le blog www.les-crises.fr)

 

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