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Oct 28

Le réel est têtu

 

Le plan européen est tout, sauf définitif. Tout sauf global. Il n’est pas comme on le prétend « comprehensive ». La seule démarche susceptible d’apporter une évolution positive durable à la question de la dette souveraine subprime européenne est une démarche logique, cohérente, fondée sur l’acceptation de la Vérité. D’une vérité vraie, c’est à dire qui exprime le réel.

Toutes les solutions passent par un retour au réel. Tout le contraire d’une démarche politique en somme qui ne cherche qu’à le travestir pour mieux le refuser. Sous cet aspect, le plan européen, même amélioré, est encore un déni. 

Les problèmes de la dette subprime européenne sont réels, ils partent du réel et non des abstractions mathématiques, statistiques, idéologiques ou politiques. Ce sont des problèmes en partie fiscaux, en partie de balance de paiements, en partie de redistribution excessive à crédit, en partie de spécialisation internationale inefficiente, en partie d’erreurs de régulation etc. 

Plus fondamentalement, le problème du surendettement européen est similaire, au sens mathématique de similitude, de celui du monde global. Et c’est la raison profonde pour laquelle les Anglos-Saxons sont aussi inquiets et font autant de pressions si peu diplomatiques sur l’Europe. Ce qui se passe en Europe est une sorte de test, de modèle réduit de ce qui peut se passer à l’avenir. De la même manière que le core européen a peur de la contagion qui montrerait que, lui aussi, il est nu et faible, les Anglo-Saxons ont peur que le bluff européen échoue et les mettent dans la ligne de mire des marchés.

Il faut concevoir l’européanisation, la constitution d’un ensemble européen de la même façon que la globalisation, c’est à dire de la même façon que la constitution de l’ensemble global mondial. La globalisation européenne, la constitution de l’ensemble européen, a été fondée sur les déséquilibres entre créditeurs et débiteurs, déséquilibres compensés temporairement par les recyclages de l’épargne des uns, allemands et français en particulier, vers le financement des déficits des autres, les PIIGS. Les intermédiaires imprudents de ce recyclage ayant été les banques européennes et singulièrement les françaises. 

C’est le même schéma qu’au niveau mondial fondé sur le recyclage Asie/Etats-Unis, ce que l’on a appelé le système Bretton Woods numéro 2, dont on a voulu croire qu’il était stable.

Le recyclage européen a buté sur le stock de dettes, le surendettement, c’est la crise du  subprime  européen. Le système global butera de la même manière sur le stock de dettes américain, le surendettement des Etats-Unis. Le facteur déclenchant pouvant être au choix ou bien la disparition de la croissance ou bien la hausse des taux.

Ce surendettement sera d’autant plus considérable et redoutable qu’un paradigme idiot, selon lequel les USA ne pouvaient faire défaut, s’est imposé. Le paradigme de l’impossibilité du défaut américain est à ranger dans le même tiroir à imbécillités que le paradigme du triple A des prêts hypothécaires en son temps !

L’Europe n’est que précurseur de l’effondrement d’un modèle fondé prioritairement, non pas sur la vraie globalisation de l’économie réelle, mais sur la globalisation de la sphère financière, selon les critères de la finance de type Wall Street laquelle est radicalement différente de la vraie finance, celle qui est fondée sur l’épargne et l’investissement.

Si la globalisation s’était effectuée selon les critères de l’économie réelle, de l’épargne et de l’investissement, les Etats Unis se seraient certes endettés, mais ils se seraient endettés pour investir productivement et, avec le produit de ces investissements, ils seraient mesure de faire face à la charge de leur dette, la question de leur solvabilité ne se poserait pas.

Mutatis Mutandi, c’est la même chose transposée pour les PIIGS, s’ils s’étaient équipés au lieu de consommer, ils n’auraient pas de problèmes et leurs créanciers non plus

La mise en question en cours du modèle de la globalisation européenne fondée sur les déséquilibres et le recyclage des capitaux est une étape, une étape essentielle des mutations en cours dans le grand système mis en place dans les années 80 sous la houlette américaine. On comprend que les Américains s’inquiètent des craquements européens et qu’ils veuillent ralentir les processus de dislocation.

La contagion est quelquefois économique, quelquefois financière, mais elle peut aussi être psychologique, il arrive que des prises de conscience se déclenchent !

B.Berthez

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