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Avr 26

Le jubilé

   

[Voilà au moins un avis tranché sur le fossé qui est en train de se creuser et pas simplement au Etats Unis puisque le monde entier a suivi leur modèle. Les conclusions qu’il en tire lui sont personnelles mais il faudra bien trouver des solutions. Et ces dernières ne pourront pas venir de ce pays avec un passé trop court, mais de ceux qui ont déjà vécu tout cela mais ne s’en rappellent plus]-alpha.b

 

 

 

 

Existe-t-il, en ce monde tissé d’extorsions et d’escroqueries, un baby boomer si borné qu’il pense pouvoir échapper aux imminentes Foudres des Enfants du Millénaire ?

 Ceci est si évident que seul un économiste académicien pourrait manquer de s’en apercevoir. Voici comment les choses se dérouleront : d’ici quelques mois, alors que la crise financière continuera de s’aggraver, que les chimères de la création d’emploi se dissiperont, que les technocrates Européens, tremblants de tous leurs membres, se réuniront nerveusement à proximité d’un lac Suisse, et que Romney et Obama se dameront mutuellement le pion quant à savoir lequel d’entre eux possède la solution miracle aux déboires économiques, un intéressant thème commencera à circuler sur internet, portant les mots : ‘Enfants du Millénaire, renoncez à vos prêts étudiants, et libérez-vous de vos chaînes !’.

 Après quoi nous assisterons à l’arrivée de quelque chose de merveilleux… A l’unisson, ils priveront de son autonomie la génération d’escrocs qu’est celle de leurs parents, de leurs professeurs, de leurs banquiers, et de leurs chefs suprêmes, et confronteront une fois pour toutes le système général de fraude que sont les Etats-Unis à la dure réalité.

 Je suppose que cela se produira ainsi, et je pense même développer ce thème moi-même et le regarder se répandre sur la toile. L’extorsion que représentent les prêts étudiants sont une entreprise bien plus cynique encore que celle des prêts immobiliers, parce que de nombreuses personnes qui auraient mérité une meilleure éducation, les personnes supposées intelligentes telles que les doyens d’universités, les secrétaires de cabinets, les Yodas de groupes de réflexion, ont tous souffert de la fausse promesse que le cargo de l’éducation supérieure créerait sans cesse de nouveaux emplois – alors qu’en vérité, le vaisseau d’espoirs et de rêves sombrait déjà dans un océan de ténèbres.

 Existe-t-il un enfant du Millénaire qui croit encore que le sachet de petits cadeaux qu’on lui a promis sous le nom délusoire ‘d’emploi stable’ attend encore patiemment de lui être délivré et de lui permettre fonder une famille comme le voudrait le désormais obsolète Rêve Américain ? Après un rêve, la réalité peut paraître brutale. Le Rêve Américain était un assez beau rêve, mais comme tous les autres, il disparaît avec l’arrivée d’une nouvelle journée, laissant le dormeur perturbé, anxieux et épuisé. Ils n’ont plus rien à perdre, si ce n’est leur peur de leur distributeur d’allocations chômage et du donjon que représente l’empire des collecteurs d’impôts.

 Cette idée devrait se développer dans le même temps que la saison des élections approche. De la même manière que les protestataires anti-guerre d’août 1968 avaient brûlé leur carte électorale dans les rues de Chicago, les enfants du Millénaire devraient se rendre cet été dans les parkings de Charlotte et de Tampa – il n’y a pas de rues dans ces villes – et les assombrir de la fumée émanant de leurs contrats de prêts. Ils devraient ensuite répudier bruyamment les deux factions inutiles et mensongères que sont les partis politiques des Etats-Unis, ainsi que leurs promesses de cent ans de gaz de schiste, de création incessante d’emploi, et de relations personnelles avec le Saint-Esprit ! Ils devraient les envoyer dans les boyaux de l’Histoire, rentrer chez eux et prendre les choses en main à l’échelle locale.

 Les universités elles-mêmes finiront bien sûr par imploser, de la même manière que toute autre institution organisée à très grande échelle. Elles ne sont pas plus préparées à ce qui est sur le point de leur arriver que les escrocs du gouvernement, des banques, ou encore de la médecine.

 Avec du recul, nous finirons par nous demander comment ils sont un jour parvenus à obtenir 50.000 dollars par an pour leurs absurdes promesses, et comment nous avons pu laisser des jeunes privés de leur capacité de jugement jeter en l’air leur vie financière et signer des contrats de prêts plus exigeants encore que ceux de leurs parents. Lorsque les universités s’effondreront, renvoyant leurs employés à tour de bras dans le processus, il sera très intéressant de voir les professeurs d’économie autrefois distingués apprendre à planter des choux frisés et s’occuper de poulaillers aux côtés de leurs anciens étudiants.

 J’imagine que la situation aux Etats-Unis sera bien pire encore que la Révolution Culturelle des années 1960 en Chine, durant laquelle les membres de l’administration, les professeurs et d’autres personnes d’influence furent paradés au milieu de la foule avec des bonnets d’âne sur la tête. L’Histoire voit naître de drôles de choses.

 L’argent représenté par les prêts étudiants ne sera de toute façon jamais remboursé. La jeunesse du Millénaire se doit de mettre un terme à des années d’escroqueries. Cet étrange jubilé pourrait, et devrait, tout changer.

 

 

 Par James Howard KunstlerKunstler.com

 

 

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