«

Juin 19

La seringue

 

La progression considérable des endettements dans le monde n’est pas tombée du ciel, il s’agit de contrer, de s’opposer à la tendance à la baisse de la  profitabilité du capital total accumulé.

L’accumulation des dettes sert à maintenir le taux de profit du capital total grâce à:

1) l’effet de levier d’une part

2) Une compensation de l’insuffisance des revenus susceptibles d’alimenter la demande d’autre part

Faute de profitabilité suffisante, le capital ne peut pas à la fois chercher à maintenir son taux de profit et distribuer aux salariés les revenus qui permettent de réaliser ce profit, c’est à dire de trouver des acheteurs pour ce qu’il produit.

Avant, avec le Fordisme le consensus social  permettait un équilibre plus ou moins satisfaisant, mais depuis la montée du libéralisme façon Friedman, depuis la fin du capitalisme façon Rockefeller , le capital ne se contente plus d’un profit raisonnable,  non le capital s’est lancé dans une course à la maximisation.

Le Système a muté à la fin des années 60 : le capital au lieu de se contenter d’une part « juste », il veut le maximum et il y est obligé par le biais de la concurrence globale pour le profit.

Avec la libre circulation, le capital est obligé, l’épée dans les reins, d’adopter cette obligation de maximisation, il est sous la tyrannie » du toujours plus » des marchés financiers lesquels ont changé de fonction:

 Ils sont non plus marché de l’occasion du capital, marché secondaire, mais marché primaire.

Le vent des promesses se vend mieux que la réalité et la consistance des profits.

Avant, l’inflation se chargeait de la destruction douce de ce qui était inefficace ou improductif, l’inflation effaçait les « traces » de nos pas en marchant. Plus précisément elle se chargeait de la réduction continue du poids des dettes.

La Grande Modération a tout changé en éliminant l’inflation de nos systèmes.

 La Grande Modération a permis de faire baisser les taux d’intérêt et donc d’émettre beaucoup plus de dettes car peu coûteuses, mais hélas, on ne triche pas avec les lois à long terme de  l’économie;     « on est puni par où l’on pêche ».

L’ennui est que la dette, cela s’accumule et que plus on avance plus on se trouve devant un phénomène de stock, et en même temps le rendement économique de la dette s’amenuise.

La dette est de moins en moins efficace à produire de la croissance.

La baisse du rendement économique de chaque unité de dette fait qu’il est de plus en plus difficile pour les gouvernements et les entreprises d’améliorer leur croissance, c’est un frein à la croissance.

Cette baisse du rendement des dettes pèse sur la croissance et sur les profits. C’est un cercle vicieux. Un cercle qui s’auto entretient tant que l’on ne détruit pas une partie du stock de dettes ; et cela oblige, pour rendre les dettes supportables, à baisser sans cesse les taux d’intérêt, d’ou le problème des taux zéro et des taux négatifs. D’où la question de la suppression du cash car il permet d’échapper aux taux négatifs sur les comptes bancaires et les placements financiers.

Comprenez que l’issue est inéluctable, c’est une fatalité à laquelle nous n’échapperons pas; les taux doivent rester très bas afin de tenter de servir les dettes existantes et un jour ils devront être très négatifs et un jour il faudra supprimer le cash.

Les élites kleptos préfèrent maintenir l’ordre social inique, le (des)ordre   scandaleux actuel, elles ne veulent pas euthanasier, détruire le capital mort, improductif, périmé, inefficace car cela décimerait leurs rangs.

Elles veulent bien détruire le petit capital des classes moyennes à petit feu, doucement, par la répression financière, elles ne veulent pas d’un Jubilé de dettes qui effacerait les ardoises.

De toutes façons, les élites sont dans la seringue car les contradictions sont internes et elles ne font que s’aggraver, elles ne se réduisent pas:

-ainsi les taux bas puis les taux zéros et les taux négatifs produisent des bulles spéculatives par recherche du rendement à tout prix et ceci prépare le terrain de la future crise financière, par instabilité et fragilisation généralisées.

-la vitesse de circulation de la monnaie ne cesse de s’abaisser, au fur et à mesure qu’on s’enfonce dans les expédients

-la rentabilité des banques commerciales est détruite, elles ne peuvent plus faire leur métier, on l’a constaté en 2016 avec la menace sur la Deutsche Bank

-les banques centrales sont obligées d’acheter de plus en plus de dettes pour en maintenir la valeur et la demande; elles sapent la valeur des monnaies

-la faible volatilité artificielle des marches d’actifs produit une utilisation/affectation délirante, absurde du capital qui va avoir des conséquences terribles.

-les marchés ont cessé d’être complices et de croire que les politiques monétaires non conventionnelles pouvaient produire de la croissance, il y a un effet de doute et d ‘apprentissage terrible. Tout ce que font les marchés, c’est spéculer!

Les marchés ne fonctionnent plus qu’en prédateurs, c’est la spirale de la mort.

 

Extraits d’un article de Bruno Bertez   brunobertez.com

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *