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Juil 07

Corps sans tête

En fait, la sidération devant les idées sans corps qui nous gouvernent ne peut être dépassée que par un langage du corps en quête de ses pouvoirs perdus. Et c’est bien pourquoi les Femen dérangent. L’aurait-on oublié, c’est toujours dans un ancrage physique que le retour du refoulé prend valeur révolutionnaire.

Remarquable est à cet égard ce qui a débuté en Turquie comme au Brésil, qu’il s’agisse d’occuper un jardin contre la construction d’un parking au cœur d’Istanbul ou d’enterrer à moitié des centaines de ballons de football dans le sable de Copacabana pour dénoncer le dépeçage financier que pratiquent les « vautours du sport » au détriment des transports ou de la santé publics.

 Aurait-on pu imaginer que ces deux mouvements commencent par s’en prendre, avec la soudaineté de l’embrasement, aux deux principaux tabous de nos sociétés, la voiture et le sport ? Et quand bien même ces deux tabous continuent de déterminer grandement notre rapport au monde et à l’autre.

Voilà que, devant le carambolage d’effets de plus en plus catastrophiques, les causes réapparaissent dans toute leur inconvenance physique.

 C’est très bien mais ce n’est qu’un début. Il faut compter avec le durcissement du système, où la profération du discours va de plus en plus servir à dénier ce qui est affirmé, comme en témoignent les professions de foi scandalisées des états européens après les révélations d’Edward Snowden, quand il n’en est aucun pour lui accorder l’asile, c’est-à-dire le protéger physiquement. Et a fortiori quand ces états pratiquent vraisemblablement, serait-ce à beaucoup moins grande échelle, ce qu’ils reprochent tant aux Etats-Unis.

Mais tout serait trop simple si c’était seulement dans les sphères du pouvoir que se rencontraient tant d’hommes sans corps auxquels manque la tête.

 Il suffit de considérer l’histoire intellectuelle du siècle dernier. Raison de plus d’y réfléchir, même si parfois, comme je l’ai dit ailleurs, l’inconscience de classe fait bien les choses.

Extraits d’un article de Annie Lebrun sur le blog de Paul Jorion www.pauljorion.com

 

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