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Oct 30

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Tout chamboulement du système ne pourra qu’être désordonné. Une évolution rationnelle et contrôlée ne peut exister sans qu’une prise de conscience mondiale s’opère, à tous les niveaux des différentes sociétés. C’est une histoire de classe, et je ne vois aucune des classes qui dominent accepter que l’on rebatte les cartes pour concevoir une nouvelle donne dans laquelle ils perdraient des plumes.

Que ces classes dirigeantes – où qu’elles vivent : Europe, Amérique du Nord, Amérique du Sud, Asie, Afrique – usent de tout leur pouvoir pour que le système continue à agoniser pendant leur propre génération (quels qu’en soient le coût et les conséquences pour le reste) est à mes yeux une donnée immuable.

Reste alors la réaction des peuples dans les pays où prévaut un système démocratique. Pour que cette réaction puisse s’opérer, il faut expliquer. Il faut démontrer. Il faut proposer. Non, les gens ne vont pas eux-mêmes s’extraire du carcan consuméristo-capitaliste qui leur colle comme une seconde peau. Non, ils ne vont pas d’eux-mêmes inventer l’alternative.

Quand on est un idéaliste peu confronté à la réalité du terrain on peut s’illusionner et se dire que les gens vont faire tous seuls la révolution citoyenne, mais c’est faux. Même quand on passe des années à expliquer, à débattre, à démonter les mécanismes, quand on a convaincu les gens de ne plus accepter, la question arrive immanquablement : « oui, mais on fait quoi, alors ? »

Donc, il faut réinventer l’éducation permanente et populaire. Des initiatives existent, mais elles sont morcelées, et elles ne couvrent pas l’ensemble des couches d’une société, loin de là. En outre, l’intérêt général est loin de se porter là-dessus. On me rétorquera sans doute qu’avec Internet et les réseaux sociaux, tout est différent. Je n’y crois pas une seule seconde.

Internet et les réseaux sociaux sont des média en plus, des systèmes de communication en plus, mais cela ne dit rien ni sur les contenus, ni sur l’intérêt que les gens vont porter à tel ou tel site. Ce n’est pas parce qu’Internet existe que les internautes vont tous se mettre à lire ce blog, par exemple, loin de là.

Ceux qui lisent les blogs politiques et économiques, ou plus généralement visitent les sites d’information et de débat sérieux sont soit des convaincus, soit des adversaires envoyés là pour troller ou contrebalancer les discours. Les curieux qui découvrent existent, bien sûr, mais encore faut-il qu’ils dépassent la curiosité et s’engagent dans la lecture et le débat sur la durée. C’est très loin d’être évident.

Les primaires socialistes ont eu le mérite de démontrer qu’un intérêt pour la chose publique existe, quoi que l’on veuille bien dire, mais c’est un intérêt de soirées passées assis(e) dans son fauteuil à avaler passivement les discours des candidats. Comment motiver les gens à aller au-delà, à franchir le cap ?

Tant qu’on n’aura pas de réponse à ces questions, le système pourra continuer à hoqueter son interminable agonie en paix, veillé par les docteurs Folamour que sont les chefs d’état et les institutions financières internationales.

………………………..

On a le devoir de s’interroger aujourd’hui. L’après-guerre, où chaque nation s’est appliquée à reconstruire la société avec l’enseignement tiré de deux conflits mondiaux et de la crise des années 30, fût une ère d’espoir. Les années 60, où un vent d’idéalisme souffla sur l’Occident, avec l’homme libéré des anciennes contraintes matérielles, permirent d’entrevoir ce que pourrait être un monde de culture et de progrès humain.

Puis le couvercle fût refermé. Le choc pétrolier des années 70 rappela à tous que cette prospérité avait un prix : l’exploitation des ressources énergétiques, naturelles et humaines d’autres pays. Les grandes nations instaurèrent alors des « protectorats » autoritaires sous le masque de politiques de décolonisation en organisant, le plus souvent, des coups d’état militaires pour leur garantir une stabilité « politique » et « sociale » dans ces contrées à exploiter.

Le prix que l’Occident doit aux autres Peuples est infini. Cette dette morale est aujourd’hui matérialisée par l’immense dette financière des pays les plus « avancés ». Comment ce renversement a-t-il pu être possible? Mettons-nous un instant à la place de dirigeants des multinationales occidentales. Faisons fi de toute question morale et tentons de réfléchir à la voie la plus sûre pour faire le maximum de profit. Les progrès sociaux dans les pays les plus avancés on renchéri le coût du travail.

Où dois-je investir? Evidemment, à l’endroit où ce progrès n’a pas eu lieu et où je peux m’assurer que les ressources me reviendront le moins cher avec l’appui de mes amis politiques et militaires. Je reviendrai ensuite vendre mes produits dans les pays les plus avancés où les salaires me permettent de vendre très cher (par rapport à ce que cela m’a coûté) et je me mettrai la différence dans la poche. Oui mais, problème : les salariés des pays avancés sont en concurrence avec les autres et, dans un marché libre (qui est dans mon intérêt de dirigeant de multinationale où ma fortune dépend du différentiel social et écologique entre pays), je dois délocaliser mes usines pour continuer de bénéficier de ce différentiel.

Je téléphone aussi à mon ami politique pour lui demander de faire pression sur sa population et lui demander de faire des sacrifices. En effet, dans un contexte mondialisé, il faut être compétitif. Je lui demande également d’aider les banques, en limitant les règles de prudence, pour que l’accès à l’endettement soit facilité pour contrer cette baisse des salaires.

En s’endettant, les ménages pourront continuer à consommer donc je pourrai continuer à vendre mes produits sur le seul marché où ils peuvent s’écouler : l’Occident, et mes amis banquiers pourront s’enrichir encore plus par les intérêts des dettes des ménages ou des Etats sociaux. Et tout le monde est content : les gens peuvent continuer à consommer, les banquiers font beaucoup d’argent, les multinationales encaissent les différences de standard social et écologique, et les politiques maintiennent le calme social via les emprunts à la consommation.

Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes. Après, à charge à chaque Etat, et c’est la démocratie, de partager la dette entre le privé et le public selon qu’on est un peu plus à droite ou un peu plus à gauche. Plus de privé dans les pays anglo-saxons, plus de public en Europe. La boucle est bouclée… Sauf que… Sauf que les dettes atteignent aujourd’hui un niveau insoutenable et qu’il n’est plus possible de les payer puisque la charge de la dette (les intérêts d’emprunt) atteint un niveau insoutenable pour les acteurs privés et publics.

Il reste donc à trouver un cadre cohérent à l’économie. Tous les sommets depuis 3 ans visent à garder l’ancien cadre en tentant de sauver les acteurs qui exploitent ce système, bien que démentis de manière implacable par les faits. Multinationales, banques, Etats complices, contribuables endoctrinés par le « toujours plus de tout ».

 L’enjeu n’est pas de faire un arbitrage entre qui doit payer un peu plus ou un peu moins (contribuables, banques, multinationales,…) mais de totalement changer le cadre de cette nouvelle économie. Cela prendra des années car les technologies n’existent encore qu’à l’état larvé puisque le fait de vouloir sauver à tout prix un système désuet (à qui profite le crime?) nous a fait déjà perdre beaucoup de temps.

L’espoir est que cette matérialisation de la dette (sociale, écologique, économique), qui apparaît dans l’économie en premier et avant les grandes catastrophes écologiques et humanitaires qui seraient inévitables si rien ne change, peut nous permettre de prendre les mesures par anticipation.

En tout cas, le jeu est clair pour qui veut ouvrir les yeux. Hélas, on peut encore décider de regarder ailleurs et proposer des mesures d’austérité sans rien changer aux règles du jeu, ce qui se traduira par une accélération des catastrophes sociales et des risques dont l’Histoire du XXème siècle devrait pourtant nous protéger. Culture ou divertissement abrutissant?

 Il va falloir choisir.

 

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