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Mai 15

Agir

 

Car le Système nous a mené à la mort de masse, brutale ou doucereuse, et au néant de nos vies. Il fut et il est une impasse. Il fonce, éperdu, dans le mur. Nous le voyons, nous le savons, nous le lisons. Et nous sommes liés, pieds et poings.

 Nous devons accepter ce constat : ce train d’enfer du Système ne nous mène nulle part. Nous fonçons tous dans un tunnel de ténèbres et le chauffeur ramasse la mise en dollars. Nous sommes ses complices. Nous sommes liés par la Peur ; le Confort ; la Lâcheté ; la perte de Sens ; la Routine. L’Ennemi est devenu, d’abord … nous-mêmes.

Nos enfants semblent devenir bel et bien (c’est triste de le dire ainsi) l’espoir de la Révolution que nous n’osons faire naître. Pourtant, en 1793, la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen dit dans son article 35 : « Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs ». Avant d’être redevables à nos Chefs, c’est d’abord à nous-mêmes et à nos enfants que nous sommes redevables d’une vie meilleure et du combat pour que celle-ci le soit : le devienne.

Or l’Action (la transcription physique des idées) n’est pas la Réflexion (cristallisation et transmission des idées). La première doit suivre la seconde, nécessairement, sans quoi l’on est un escroc, un hypocrite, un malhonnête à soi-même.

Je ne sais plus me regarder dans une glace. J’accomplis des choses pour moi-même, certes. J’écris des livres qui sont édités et lus, et je peins des toiles qui sont exposées et achetées. J’exerce un métier utile pour les gens privés de tout : ceux que l’on incarcère. Mais comme humain plein de conscience, je mène des réflexions qui m’empêchent de dormir depuis des années : d’abord ontologiquement, spirituellement, puis depuis quelques années, comme père car : comment me jugeront mes enfants ?

Comment nos enfants jugeront leurs parents pour leurs inactions, sachant que le politique, l’associatif, l’humanitaire,  ne sont jamais que de petits pas qui ne changeront pas la face du monde car soumis aux décisions des Très-Haut ?

L’ascenseur social n’existe pas car le monde des élites est un monde fermé, uniformisé. Si donc nous n’avons aucun pouvoir – même par les urnes – sur ceux qui ont le pouvoir, comment osons-nous dire à nos enfants que nous avons agi pour eux alors que tout cela, c’était en quelque sorte, se battre contre des moulins à vent ? Ou même : comment oserons-nous avouer que nous n’avons rien fait pour leur présent comme pour leur avenir ?

Depuis très longtemps, le rêve utopiste de la Démocratie n’a été qu’illusions. Les États-Unis d’Amérique (quel titre prétentieux pour un pays tellement génocidaire !) et la France n’en sont que l’ombre de l’ombre… Les droits s’estompent, se travestissent, se brisent, s’effacent.

 La Grande Perdition nous mène à Olduvaï. Et Stephen Hawking recommande de quitter la Terre au plus vite ! Alors, j’applaudis quand de trop, trop rares, osent combattre physiquement – et dans une moindre mesure, idéologiquement, selon les régimes politiques où ils combattent – l’État, et ses patrons du Privé, pour leur rappeler leur condition d’humain, que tous sont faits de chair, de sang et respirent et défèquent. Ils se battent pour leurs idées, pour leurs enfants. Et comme le sabotage n’est désormais plus que du terrorisme…

 Nous fonçons ainsi dans le mur. Le Système abuse, viole une Nature aux ressources finies et agit comme si la Terre avait des ressources infinies… Car tout ne tourne que pour un Dieu unique : l’argent. L’argent achète Tout. Nos vies, notre survie, notre confort, notre routine, nos espoirs.

 Quel Hapax existentiel nous faut-il pour entrer en dissidence et agir ? Cet hapax surgira-t-il quand tout, définitivement, nous sera ôté, quand même nos miettes seront elles aussi… mangées par ces salauds ? Et que nos propres enfants nous réclameront à manger ?

 Nous faudra-t-il attendre que notre estomac, ou les balles, ou la torture, etc , réveillent nos consciences et rappellent à notre mémoire qu’il fallait agir avant ?

Extrait d’un article de Ancestral sur le blog de Paul Jorion    www.pauljorion.com

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