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Jan 08

Metastabilité

Les risques de l’avenir proche

Le problème est que la situation est globalement métastable, c’est-à-dire que nous sommes dans une configuration institutionnelle à priori solide, mais qui pourrait très vite se transformer en un autre monde à partir d’un évènement d’importance jugée secondaire.

La métastabilité est un phénomène étudié par les scientifiques, par exemple une combinaison gazeuse qui se transforme brutalement en liquide, ce qui nous fait penser à l’oxygène et à l’hydrogène qui se combinent pour faire apparaitre un autre état qui est l’eau.

 Mais c’est aussi un phénomène qui peut s’étudier dans les sciences sociales, par exemple la transformation brutale de la configuration institutionnelle soviétique en société de marché. Le monde soviétique que l’on croyait éternel, se transforme brutalement et en fait apparaitre un autre.

Et le changement brutal apparait sur la base d’une entropie peu visible qu’un évènement fortuit fera basculer en ce que certains pourraient appeler une catastrophe, et que d’autres appelleront une heureuse révolution. L’évènement fortuit, ou déclencheur, est ce qu’on appelle un catalyseur pour ce qui est de la chimie.

Dans les sciences sociales on parlera volontiers d’un « effet aile de papillon » initiant un schéma de causes et de conséquences inattendues d’ampleur continuellement croissante.

Le monde se trouve dans une situation de blocage institutionnel comme l’était l’URSS : il faut continuer la mondialisation car on ne voit pas qu’il serait possible de l’arrêter, mais la continuer c’est prolonger la crise générale de surproduction à l’échelle de la planète ; il faut arrêter la croissance, mais nous restons majoritairement convaincus que cet arrêt mènerait au désastre économique ; il faut pérenniser la monnaie unique par la construction d’une Europe fédérale garantissant des transferts vers le Sud, mais de tels transferts sont impensables du point de vue du Nord, etc.

S’agissant, pour nous européens, de ce dernier point, le risque est qu’un évènement secondaire, un catalyseur inattendu, vienne assurer une transformation institutionnelle radicale au moins en Europe, mais vraisemblablement à l’échelle de la planète.

Il est possible d’en dresser une liste bien sûr non exhaustive :

–> Les « tests de résistance » des banques

–> Le passage obtenu à Bruxelles d’une stratégie de « Bail-out » (on fait payer les contribuables) à une stratégie de « Bail-in » partiel

–> La Grèce et/ ou le Portugal, incapables de faire face à l’accroissement de leur dette publique,

  –> Le référendum prévu au titre de l’indépendance de la Catalogne ( 9 novembre 2014 

–> Les élections européennes de juin

–> les discussions concernant la recapitalisation de Peugeot -10 milliards d’Euro à rassembler -tournent mal et l’entreprise dépose le

–> Les marchés prennent conscience que l’union bancaire décidée le 18 décembre dernier n’est qu’un leurre

–> Devant le premier succès du « Tapering » (réduction de 10 milliards de création monétaire mensuel par la FED)  de Monsieur Bernanke, son successeur à la direction de la banque centrale américaine, Janet Yellen, constatant la forte reprise de l’économie US (4,1% au dernier trimestre 2013) décide de mettre fin au Quantitative Easing et à ses effets pervers sur l’inflation des actifs

–> l’Annonce du programme d’émission de dette publique pour l’Espagne et l’Italie , respectivement 210 et 470 ( !) milliards d’euros pour l’année 2014, dans un contexte de « Tapering » américain, rend tout simplement impossible un tel projet

De ces scénarios il convient de retenir qu’à l’instar de l’URSS des années 80, le monde se trouve en situation de métastabilité, état qui n’incite guère à la mise en place de grands projets : la politique est devenue simple gouvernance de l’existant.

Tous ces catalyseurs possibles risquent de transformer brutalement le monde. Une nouvelle « Grande Transformation » comme dirait Karl Polanyi. Sans qu’il soit évidemment possible de préciser sa date de naissance, ni le nouvel arrangement institutionnel qui le constituera, on peut légitimement penser que les scénarios imaginés aboutissent tous à une panique financière.

Toutefois, il parait évident qu’à l’inverse de la dernière panique qui a conforté la puissance de la finance (les entrepreneurs politiques ont fait le choix du « bail-out »), ils seront cette  fois obligés de passer par le « Bail-in » et devront par conséquent reprendre le pouvoir

Les étapes semblent évidentes et concerneront le maillon faible de la mondialisation c’est-à-dire l’Europe.

Le marché de la dette publique ne pouvant plus fonctionner en raison des taux, et les titulaires de comptes paniqués exigeant des billets ou transférant massivement leurs avoirs dans le pays centre, c’est –à- dire l’Allemagne, les pouvoirs publics seront obligés de renationaliser la monnaie et procéder à la saisie du système bancaire. (L’exposition des banques aux dettes souveraines reste colossale : 474,1 milliards d’euros pour l’Allemagne, 225,2 pour la France, Plus de 400 pour l’Italie, environ 300 pour l’Espagne, etc.)

Cela peut passer en France par l’activation de l’article 16 de la Constitution, et donc la mise sous tutelle de la Banque de France, chargée d’alimenter à coût nul le Trésor, d’instaurer un contrôle des changes, de rapatrier la monnaie fiduciaire au profit de la nouvelle monnaie, etc. Dans le même temps le Trésor est chargé du remboursement de la dette publique dans la nouvelle monnaie nationale, ce qui est prévue par les contrats de prêts qui sont dans leur immense majorité des contrats de droit français. Bien évidemment un taux de change est institué pour l’ensemble des transactions internationales. Inutile d’aller plus loin, il s’agit bien d’un nouvel état du monde, un nouveau projet européen, un nouvel arrangement institutionnel en devenir.

 

Extrait d’un article de JC Werrebrouck   www.lacrisedesannees2010.com

 

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