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Jan 28

Les vautours

[Comment mieux illustrer la différence entre la finance et la financiarisation de tout. Ou comment le malheur (entretenu) des uns fait le bonheur des autres.] –alpha.b

Vous allez adorer le détester. Depuis 2008, le fonds américain Avenue Capital affiche un rendement pour moins spectaculaire : 18,5% par an ! Mais comment fait-il donc ? En investissant sur le pétrole ? l’immobilier ? l’or ? Non, vous n’y êtes pas. Ce « hedge fund » spécule tout simplement sur la perte de nos triples A, à nous, les Européens.

De quoi financer les retraites des fonctionnaires californiens

Les traders de ce fonds achètent les titres avec une grosse décote et profitent de toute éclaircie pour la revendre, empochant de très conséquentes plus-values lorsque la décote diminue. Le pire, c’est que ce fonds a été souscrit en majorité par de modestes fonctionnaires californiens, à travers leur fonds de pension Calpers.

Jean-Luc Mélenchon –et maintenant François Hollande – qualifieraient sans aucun doute ce genre de produit de « fonds vautour ». Et l’on est obligé de concéder, qu’en la matière, ils n’ont pas tout à fait tort. Or, lorsqu’il y a de quoi satisfaire son appétit, un vautour reste rarement seul longtemps à se repaître.

 Ce fonds a donc, vous vous en doutez, attiré plusieurs autres rapaces, que les Anglo-saxons préfèrent pudiquement appeler… « distressed debt » funds autrement dit spécialisé dans la dette des Etats en difficulté.

La somme minimum à investir ? 10 millions de dollars

Les performances de ce fonds de plus d’un milliards d’euros ont été si bonnes qu’elles ont convaincu Avenue Capital de recréer un nouveau produit, identique, d’un montant de 1,5 milliard d’euros. Attention, ce produit d’épargne est une niche. Il s’adresse aux investisseurs avertis. Pour mieux les en convaincre, ses gérants ont d’ailleurs établi un ticket d’entrée qui limite considérablement le nombre de ceux qui peuvent y accéder : 10 millions de dollars, soit 7,7 millions d’euros au minimum….

Les malheurs de l’Europe ont aussi suscité le lancement de trois autres fonds, pilotés par les gérants spécialisés Apollo Management, Centerbridge Partners and Oaktree. Chacun est en train de lever, pour l’occasion, entre 800 millions et 1,2 milliards d’euros. Deux autres fonds ont aussi été créés il y a quelques semaines à Londres : Strategic Value Partners et Anacorp Financial Partners ont levé respectivement 750 millions et 300 millions d’euros pour investir dans le « distressed ».

Les grands gestionnaires vont aussi s’y mettre

Enfin, une demi-douzaine de nouveaux fonds sont encore en gestation. Et quelques grands gestionnaires ont récemment avoué vouloir consacrer une partie de leurs portefeuilles à spéculer sur ce secteur très rémunérateur. C’est le cas notamment d’Anchorage, qui gère plus de 10 milliards de dollars et devrait en consacrer environ un dixième à ce nouvel eldorado de la finance : notre dette souveraine.

Par Eric Treguier Challenges.fr

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