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Juin 11

Le grand effondrement

 

 

Le mot « crise » est souvent utilisé à tort et à travers dans les discours politiques, économiques et médiatiques. Il nous faut dès lors, avec tous ceux qui y travaillent, donner à entendre ce qui nous arrive réellement. Nous sommes pris dans une crise systémique. Celle-ci est due à la fois aux mutations démocratiques, sociales et techniques contemporaines, mais aussi aux conséquences chaotiques de différents facteurs :

1. Le néolibéralisme mondialisé entraînant la concentration des richesses et du pouvoir dans les mains d’une véritable oligarchie et dès lors le fait que l’argent manque aux citoyens-consommateurs.

2. la colonisation agressive de la terre par l’espèce humaine qui détruit notre environnement ;

3. notre refus de nous interroger sur la complexité (liée en bonne partie à la globalisation et à l’informatique) que nous déployons ;

4. l’occultation du réel à la base de notre système économique néolibéral mondialisé.

Le néolibéralisme n’est pas qu’une politique. Il consiste dans les faits en un fonctionnement général, à la fois économique et financier, social et politique, médiatique et individuel. Bien sûr, l’économie réelle, la société, la politique et les médias, ne se réduisent pas au néolibéralisme, mais le rapport de force y est clairement en faveur de ce dernier.

Le néolibéralisme est la forme récente, radicalement mondialisée, du capitalisme. Cette forme récente du capitalisme a abandonné la vocation organisatrice de ce dernier pour ne plus être qu’un système de concentration de la richesse et de prédation organisé autour de la finance et des multinationales globalisées, et s’appuyant sur ces pivots du système que sont les paradis fiscaux. La tricherie est la règle dans le monde financier, ainsi que le montre l’ensemble des affaires qui ne cessent de sortir le concernant.

Le néolibéralisme a gagné la bataille menée depuis trente ans contre l’économie réelle, la société et l’Etat, et ne cesse dès lors de toujours gagner du terrain. Il a par-là même en bonne partie détruit l’économie réelle au profit de l’économie spéculative. La machine économique étant irrémédiablement cassée, le capitalisme néolibéral sous sa forme post-2008, « bancale » , ne survit que grâce à la perfusion monétaire permanente que lui prodiguent les autorités, entraînant un risque d’hyperinflation et d’explosion de la bulle spéculative.

La France est parfaitement intégrée à l’économie mondialisée. Une large partie de la haute fonction publique a trouvé sa place dans les groupes qu’elle a elle-même privatisés. Cela donne une structure de décision économique concentrée très singulière par rapport aux autres pays « développés », mais qui n’en est pas moins néolibérale.

 L’importance des dépenses publiques ne doit pas nous tromper sur la structure profondément – et spécifiquement – néolibérale du système économico-politique français

Ce fonctionnement néolibéral dominant dans notre société et dans nos existences risque de nous mener au grand effondrement économique, social et écologique. Comme cela a été largement établi, la catastrophe écologique est possible. Si celle-ci a lieu, elle sera liée au réchauffement climatique entraînant une trop grande augmentation de la température et une modification radicale du climat qui feront disparaître l’humanité. Si nous ne réagissons pas à  cela à moyen terme, et que nous dépassons le point de non-retour, cette catastrophe devient même de plus en plus probable. En 2008, l’effondrement économique a été évité. Mais les politiques actuelles ne mènent qu’à l’effondrement rampant que nous constatons. Les pays soi-disant « gagnants » (comme on appelle par exemple l’Allemagne) rejoindront bientôt les « perdants » dans la défaite, même si l’effondrement sera moins terrible – si tant est qu’un effondrement puisse être moindre.

Le capitalisme est à moyen terme objectivement voué à l’effondrement. Un système basé a priori sur la recherche et sur la concentration de la richesse ne peut à moyen terme fonctionner avec les contraintes écologiques présentes et à venir. Il ne s’agit plus d’être pour ou contre le capitalisme. Ce n’est plus la question. Il s’agit d’être post capitaliste.

 Il nous faut imaginer une économie de marché à la fois écologique, sociale et collaborative (voire circulaire et contributive). Seule une véritable métamorphose de notre civilisation et une réorganisation de notre fonctionnement général – en premier lieu de notre système économique global – peuvent faire en sorte que la métamorphose d’un grand tournant économique et civilisationnel s’opère pour le mieux, en lieu et place du grand effondrement.

Extraits d’un article de Franciss Arness sur le blog de paul jorion   www.pauljorion.com

 

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