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Déc 14

Commentaires : La Grèce, laboratoire expérimental !

N’oublions pas que, s’il ne se passe rien, la Grèce, c’est nous, avec un peu d’avance.

Il faut donc qu’il se passe quelque chose.

 

J’ai des échos similaires venant de ma belle famille qui vit à Athènes. Et j’y étais quelques jours au printemps de cette année.

Voici ce que j’ai entendu :

les salariés ont perdu de 25% à 40% de leurs revenus

* certains fonctionnaires ont perdu bien plus que leurs treizième et quatorzième mois puisque depuis des années, ils étaient augmentés via des primes ; les primes ont évidemment disparu

les indépendants (hors métiers de santé) ont perdu environ 60% de leurs revenus

* plusieurs métiers indépendants se sont vus du jour au lendemain appliquer une TVA à 23%, impossible à répercuter au client en temps de crise évidemment

j’ai rencontré un chauffeur de taxi qui était berger dans la lointaine banlieue d’Athènes ; il était venu travailler comme taxi depuis 5 ans, pour mieux gagner sa vie ; aujourd’hui, il fait des heures invraisemblables pour gagner 60% de moins, ne voit plus sa femme et son jeune enfant ; il va donc quitter le métier et retourner faire son métier d’origine : élever des moutons à la campagne

* de nombreux propriétaires immobiliers considérés comme aisés ou riches il y a quelques années, se retrouvent dans des situations financières critiques, car ces revenus tendent vers zéro, puisque la plupart de leurs locataires ne peuvent plus payer leurs loyers

* les citoyens que l’on croise dans la rue semblent tous abattus ou déprimés

* certaines retraites complémentaires ont déjà été amputées de 40%

* les consulats grecs à l’étranger ont vu leur personnel fondre (retraites anticipées avant réforme), ne pas être remplacé ; les fonctionnaires qui y restent n’arrivent pas à faire face à leurs obligations, d’autant plus qu’ils sont sollicités en permanence par des appels à l’aide de concitoyens cherchant à faire émigrer leurs enfants afin qu’ils trouvent n’importe quel travail ; leurs salaires sont payés en retard, tous les deux à trois mois

* des centres médico-psycho-pédagogiques ont dû fermer, faute de moyens

* l’entraide bien connue entre les membres d’une même famille tourne à plein régime, dernier rempart contre la situation économique actuelle
* l’épargne, si elle existe, fond comme neige au soleil, puisqu’elle est utilisée pour les besoins immédiats

les retraits d’argent au guichet des banques sont limités

* les autorités d’Athènes recommandent aux citoyens de ne pas traîner la nuit dans les rues : on risque de se faire étriper pour quelques dizaines d’euros ; les gens ont peur pour leur vie
Et la vie continue ….

Evidemment, nos contacts à Athènes ne nous racontent pas tout ce qu’ils vivent. Par pudeur.

Tout cela m’attriste profondément pour le peuple grec, si généreux et si sympathique.

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 » Quoi qu’il en soit, les masques sont tombés: l’UE apparaît pour ce qu’elle est, une menace mortelle pour les règles démocratiques les plus élémentaires, celles-là même du régime parlementaire libéral. Car il ne faut pas se tromper : la simultanéité des changements de gouvernement en Italie et en Grèce, la prise du pouvoir dans les deux cas par des fondés de pouvoir des banques, sortis des entrailles de l’Union Européenne (BCE pour Papadémos, Commission Européenne pour Monti), cultivant les liens directs avec les milieux d’affaires, n’a rien d’une coïncidence.

 Depuis que la crise des dettes souveraines a éclaté, la Grèce est bien un cobaye de la «thérapie de choc» que les classes dominantes sont décidées à mettre en œuvre, et cela, comme Naomi Klein l’a très bien vu [16], ne peut se faire dans le cadre politique et institutionnel existant (du moins pour les normes d’un pays d’Europe de l’Ouest).

 Les «thérapies de choc» sont indissociables des «désastres», conduisant à l’instauration d’un «état d’urgence» de plus en plus banalisé. Et, dans le cadre européen des 27 pays qui en font partie, c’est bien l’UE, ses institutions et son directoire franco-allemand (plus allemand que français à vrai dire) qui en sont les maîtres d’œuvre.

Pourtant, au sein de la gauche européenne, y compris ses ailes radicales, on s’obstine à vouloir contourner cette réalité ou à ne pas en mesurer les conséquences [17], en cultivant par exemple l’illusion d’une «réformabilité» des institutions de l’UE ou d’un bouleversement sociopolitique simultané dans les principaux pays européens qui permettrait de se dispenser d’affronter la machinerie de l’UE en tant que telle. »

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Pour info j’ai des amis grecs, un couple et 2 jeunes enfants, qui tiennent un petit café-restau à Kos. La saison a été plutôt bonne et 100% de leur chiffre c’est maintenant que du black. Bien qu’ils aient baissé les prix, ils gagnent en net plus qu’avant…

Pour le quotidien ils ne sont pas loin d’être auto suffisant avec leur jardin potager et les animaux de basse cours de la ferme d’à côté. Ils ont une petite maison blanche avec tout le confort moderne et chacun des mômes à sa chambre. Bref, à l’inverse de ceux qui dépendent d’un système qui tombe au point mort et bien ils sont très heureux, et dans le village, ya pas grand chose qui a changé, seulement des jeunes couples qui reviennent, comme quoi…

Cette crise va peut être nous rappeler que certaines de nos régions sont magnifiques et pourtant dépeuplées, que les légumes maison ont un goût extraordinaire, que le lait chaud sorti du pie est un bonheur, que le temps passé à la cueillette des champignons puis à la préparation de la fricassée qui suit vaut largement le temps passé dans le métro ou dans les embouteillages pour perdre sa vie dans un bureau, derrière son ordinateur et se nourrir de sandwichs ou de plats vite préparés.

Quel horreur de dépendre d’un système que l’on ne maîtrise pas et qui vous transforme en mendiant.

 

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